Règlements de comptes: un monde strictement masculin ?

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Marseille – CC 2.0 – Utilisateur Flickr: Marfis75

En étudiant les règlements de comptes « marseillais », on est frappé par une absence : celle des femmes.  Sur les 22 victimes de règlements de comptes présumés recensé dans la région entre le 1er janvier 2014 et le 26 avril 2015, aucune des victimes n’est de sexe féminin. Pas de femme, non plus, le doigt sur la gâchette, du moins pour ce qui nous a été donné d’observer. Cette absence traduit une réalité :  les femmes occupent une place minime, quoique grandissante, dans le trafic de drogue.

« A ce jour, on n’a pas encore vu de femme directement impliquée dans les règlements de comptes », affirme Jean-Marie Allemand, le secrétaire du syndicat policier Alliance pour la zone Méditerranée. « Elles sont impliquées indirectement, parce qu’elles se servent de voitures volées ou de l’argent issu du trafic, mais à ce jour elle ne se retrouvent pas au centre du réseau, » affirme-t-il, dans un entretien téléphonique.

Des mules et des nourrices

Selon Maître Jean-Jacques Campana, avocat à Marseille, les femmes qui évoluent dans le milieu du trafic de drogue sont peu nombreuses et en général « cantonnées à des rôles secondaires ». Maître Campana, joint par téléphone, explique que les femmes occupent soit le rôle de « nourrice », c’est à dire de particuliers au domicile desquels les trafiquants déposent des produits stupéfiants, parfois en grande quantité, en attendant leur transfert vers d’autres destinations; soit dans le rôle de « mules », transportant la drogue d’un point A à un point B, dans des valises ou dans des sachets préalablement ingurgités.

« Il y a des jeunes femmes qui vont passer des vacances dans des pays d’Amérique latine et qui reviennent avec des sachets dans le ventre qui ont été avalés, » constate Maître Campana. « Toutes les femmes que j’ai vues se sont faites condamnées selon ces deux cas de figure. Certaines le font par obligation, certaines par esprit de lucre, c’est-à-dire qu’elles le font parce que c’est un mode de vie qui amène de l’argent. Mais elles ne sortent pas indemnes de ça. »

Les peines encourues pour ces « mules » varient entre deux et cinq ans: « il y en a qui sont actuellement en détention provisoire, » confirme Maître Campana, « et de plus en plus de femmes participent au trafic, il y a une augmentation des condamnations de femmes. » Mais selon l’avocat, elles ne se retrouvent pas pour autant à la tête des organisations criminelles : « elles participent oui, mais à ma connaissance il n’y a pas de femme qui soit organisatrice d’un trafic dans les Bouches-du-Rhône. »

Un milieu en évolution

Maître Campana constate toutefois qu’il y a une évolution de la criminalité féminine « dans le comportement et dans le raisonnement ».

« A Marseille, l’ancienne génération de femmes à la maison: femme accompagnatrice, femme taisante, ça c’est terminé ! Il y a un changement de mentalité et ces jeunes femmes ont un discours qui est de plus en plus dur, elles sont beaucoup plus autonomes. Et si leur mari va en prison, ça fait parti pour elles des risques du métier, des conséquences du travail. »

Pour Frédéric Perri, criminologue spécialiste du Milieu marseillais, l’évolution de la place des femmes dans ces équipes criminelles suit la tendance générale : « il faut penser ça comme une société. Aujourd’hui les femmes ont de plus en plus d’importance dans la société, elles peuvent donner une décision de tuer quelqu’un par rapport à un différent, notamment commercial pour le trafic de drogue, mais par contre elles ne tuent pas, ça ne s’est jamais vu, » selon Frédéric Perri.

« Au niveau clanique, il  est possible qu’a un moment donné une décision soit prise à l’intérieur de l’organisation criminelle par une femme, mais il n’y a pas d’exécutante connue jusqu’à ce jour. Mais cela viendra c’est évident, c’est une évolution de la délinquance: si vous prenez les gangs par exemple, au Canada ou aux Etats-Unis, les femmes qui en font partie tuent, mais en France ce n’est pas encore le cas, » affirme Frédéric Perri, qui avant de s’établir à Marseille a passé quelques années outre-atlantique et détient un master en criminologie de l’université de Montréal.

Un cas d’exécutante à Marseille

Il existe pourtant une exception à l’absence des femmes dans les règlements de comptes marseillais, comme le relate cet article du journal Le Monde.

Le jeudi 6 avril 2006 près de l’hôpital de la Timone à Marseille, une femme assise sur la place arrière d’un scooter roulant rue de Sainte-Baume s’approche, arme automatique à la main, du deux roues de Michel F., un homme connu entre autres pour trafic de stupéfiants. Il est 19h30 et sur cet axe très fréquenté à cette heure de la journée, le scooter profite d’un ralentissement pour se rapprocher de leur cible. La passagère arrière fait feu à cinq reprises avec un 9mm. Trois balles atteignent Michel F., et l’homme meurt en pleine rue. Selon les enquêteurs, c’est le premier et unique cas en France où une femme participe en tant qu’exécutante à un règlement de comptes. Cette dernière n’a jamais été retrouvée.

Marine Candel

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