Thierry S., le « bandit corse » mort sur son canapé

Dans la nuit du vendredi 24 au samedi 25 avril 2014, un coup de feu retentit dans le quartier de La Pomme, raconte La Provence. Thierry S. gît sur son canapé, une balle dans la tête. Son sang aura le temps de se répandre sur le sol et de sécher avant qu’il ne soit découvert. 

L’enquête privilégie la piste du règlement de comptes. Pourtant, Thierry S. n’est pas mort comme les autres victimes que nous avons étudiées. Il n’avait pas non plus leur profil. Son exemple illustre l’hétérogénéité des cas.

Une mort à domicile

Entre janvier 2014 et avril 2015, chacune des 21 autres cibles de règlements de comptes à Marseille sont mortes sur l’autoroute, sur la route, au volant de leur voiture, sur un scooter, dans des parkings, dans un snack, une brasserie ou une boulangerie, devant une école ou une pharmacie, en bas de chez elles. Elles étaient à découvert, accessibles. Thierry S. est mort chez lui, confortablement installé dans son canapé.  Il est le seul à être décédé à l’intérieur de son appartement. « Il n’y a pas de règle dans les règlements de comptes », explique un responsable de la police marseillaise, contacté par téléphone : « [Les tueurs] agissent là où ils peuvent surprendre. » Le lieu de sa mort n’a pas de « signification » particulière pour l’enquête.

Mais tuer à domicile est une prise de risque supplémentaire, surtout si le quartier est un territoire de trafic de stupéfiants. Le responsable ajoute : « [Tuer les victimes chez elles], c’est plus délicat parce qu’il y a des personnes qui revendent [la drogue], qui les connaissent. » Le corps de Thierry S. a été découvert « par une infirmière qui venait donner des soins dans l’immeuble et a vu une porte entrebâillée » (selon les déclarations du procureur de la République Brice Robin à l’AFP repris par Le Parisien). Lorsque les enquêteurs de la police judiciaire de Marseille ont interrogé les voisins, ils n’ont pas trouvé de témoins clés.

Une adresse

Thierry S. n’habitait pas dans les 13e, 14e, 15e ou 16e arrondissements, ces « quartiers chauds » du nord de Marseille. Il habitait dans une rue à cheval sur les 11e et 12e. Côté 11ème, c’est-à-dire un arrondissement classé Zone de Sécurité Prioritaire en janvier 2013 par le préfet de police de Marseille, dans le cadre de l’instauration de l’approche globale.

Quartier de la Pomme - Illustration - Crédit photo : Capture d'écran GoogleMaps

Quartier de la Pomme – Illustration – Crédit photo : Capture d’écran GoogleMaps

Un casier « daté »

30 ans, c’est la moyenne d’âge des victimes de règlements de comptes (de janvier 2014 à avril 2015). Thierry S. avait 47 ans. Une source proche de l’enquête le qualifie de « touche-à-tout du milieu » (AFP repris par Le Parisien). Il se serait réorienté du proxénétisme au trafic de stupéfiants. Mais ces activités ne sont pas inscrites à son casier judiciaire, ouvert en 1990, indique La Provence. Il a été interpellé suite à l’attaque d’un fourgon Sécuripost le 27 février à Aix-en-Provence. Quelques années plus tard, il a obtenu un non-lieu dans une affaire d’assassinat sur fond de jalousie amoureuse. En 2008, il est placé en garde à vue puis remis en liberté dans le cadre de l’enquête sur le « casse du siècle » (braquage d’un fourgon à Gémenos, le 22 septembre 2007). Entre-temps en 2005, il a écopé d’un an de prison, condamné par le tribunal correctionnel de Marseille pour exploitation illicite de machines à sous. Depuis 2008, rien.

Ses amis les Corses

Selon l’AFP et La Provence, Thierry S. connaissais Roland Gaben, dit « le caïd du Panier », Serge Nalin, dit « Benny le dingue » et de proche en proche Jean Toci, le demi-frère de Gaétan Zampa. « Le clan Zampa n’existe plus depuis trente ans » ; la mort de Thierry S. ne s’inscrit pas dans la lutte des clans entre les Corses et le clan de Francis Le Belge, selon Thierry Colombié, spécialiste du Milieu marseillais et auteur de La Mort du juge Michel (2014). Mais les seuls contacts connus de Thierry S. sont corses. Et depuis la mort de Roland Gaben, on ne lui connaît pas de relation.

Selon un haut responsable de la police judiciaire, la victime a appartenu jusqu’à son décès au « banditisme traditionnel corse ». Son meurtre ne serait pas lié au néo-banditisme des cités des quartiers nord, bien que toutes les évolutions des relations entre « vieux bandits » et « néo-bandits des cités » ne soient pas toutes connues.

Arme de poing, calibre 9mm

L’enquête continue. Elle privilégie la thèse du règlement de comptes. Mais la balle logée dans la tête de la victime et les « cinq ogives de 9mm » (AFP repris par Le Parisien) retrouvées sur place, issues d’une arme de poing de calibre 9mm — l’arme la plus utilisée dans les règlements de compte — ne sont pas pas complètement probantes.

En 2014, David-Olivier Reverdy, secrétaire zonal du syndicat de police Alliance, faisait le lien entre la mort de Thierry S. et celle d’un homme de 39 ans, quelques jours plus tard. « On s’attaque à des gens connus, reconnus pour leur vie de délinquant. C’est peut-être l’amorce de quelque chose. », disait-il, cité par MetroNews.

Armêl Balogog

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