Soprano : « c’est auprès des plus jeunes qu’il faut aller chercher la réussite »

Saïd M’Roumbaba, alias Soprano, est l’une des figures phares du rap français. A 36 ans, il a sorti en mars 2015 son album-live “Cosmopolitanie Cosmo Tour Edition » , incluant le titre “Ils nous connaissent pas”(voir notre article), dans lequel il attire l’attention sur le quotidien des jeunes des quartiers populaires.

Nous l’avons interrogé sur l’avenir de la jeunesse. A Marseille et ailleurs.

  1. Quels souvenirs gardez vous de votre jeunesse à Marseille?

Comme beaucoup de jeunes, c’est beaucoup de bêtises et aussi beaucoup de rigolades. Nous n’avions pas conscience du chômage ou de la violence. Quand tu es jeune, tu ne captes pas. C’est plus tard, en sortant du quartier par la musique, que j’ai réalisé tout ça : que nous vivions dans un autre monde.

  1. Comment ressentiez-vous cette appartenance à un « autre monde » ?

Nous ressentions l’exclusion surtout. L’exclusion, c’est présent et c’est pesant. Chez toi les parents ne sont pas allés à l’école, les parents des voisins non plus. Du coup, à l’école, nous avions de grosses difficultés, de communication surtout, qu’il fallait camoufler en mettant le bordel.

Il y a une vraie fissure à Marseille surtout entre les quartiers chauds et le reste de la ville. Entre le monde du quartier et l’extérieur. Même si aujourd’hui, j’ai réussi ma vie grâce à la musique, j’ai encore des « séquelles » : je peux mélanger le passé et le plus-que-parfait (rires). Comme nous passions notre vie entre nous, nous nous sommes créés nos propres repères.

  1. Les quartiers de Marseille ont-ils changé depuis votre enfance ?

J’ai l’impression que oui. Avant, j’ai la sensation qu’il y avait plus d’éducateurs qui nous sortaient, nous amenaient en colonie ou au musée. Aujourd’hui les éducateurs ont moins de force et les jeunes sont laissés à eux-mêmes. Il n’y a plus de « grands frères ». Le fossé est plus grand. Et ça pousse vers l’argent facile…

  1. Quel rapport les jeunes entretiennent-ils avec la politique ?

C’est très complexe. Les jeunes confondent police et politique. Ils ont la sensation que les politiques ne sont pas là pour eux, qu’ils ne peuvent pas les aider. Que ce sont des « escrocs ». Qu’ils ne cherchent pas à les comprendre.

  1. Parlez-nous de la chanson « ils ne nous connaissent pas » ?

Cette chanson a été écrite après une rencontre dans une école avec Jamel Debbouze et Joey Starr. Quand on a demandé aux élèves s’ils votaient, l’un d’entre eux a répondu « ils ne nous connaissent pas». Alors j’ai réuni des bribes de phrases que les jeunes disent tous les jours et j’en ai fait une chanson. Pour dire que c’est pas parce que tu as une casquette sur le côté que tu es moins intelligent qu’un autre.

A la suite de cette chanson, des parents sont venus me voir pour me dire que mon texte leur avait permis de comprendre leurs enfants, de parler avec eux. Mais même si la musique ça y fait, il faut surtout encourager le rôle des éducateurs, qui font un travail difficile mais essentiel.

  1. Comment s’engager aujourd’hui auprès des jeunes des quartiers ?

Il y a toute une génération, qui a entre 14 et 24 ans, qui ne veut plus entendre personne. C’est auprès des plus jeunes qu’il faut aller chercher la réussite. Il faut leur montrer que c’est possible, que leur potentiel peut être mis en lumière. Ma philosophie a toujours été de me tourner vers « les petits » : ils sont l’avenir, c’est eux qui vont changer les quartiers. Il ne faut pas faire la morale aux jeunes, il faut leur montrer que ça peut marcher.

Capture d’écran 2015-04-30 à 18.47.10

  1. Vous avez récemment réagi sur Twitter après une émission d’M6 sur Marseille en dénonçant une « propagande ». Les médias contribuent-ils à une auto-dépréciation des jeunes des quartiers ?

Complètement. Les cités sont sans arrêt noircies. Les médias apparaissent comme des ennemis et poussent les jeunes à se radicaliser […] Les jeunes auraient besoin qu’on leur renvoie une image positive. Il faudrait leur montrer des exemples de réussite.

Moi-même, je connais énormément de gens qui ont fait du trafic et qui se sont repris et qui sont aujourd’hui avocat, médecin, chef d’entreprise. Des modèles des gens qui partent de loin et qui réussissent dans la vie. Il faut montrer aux jeunes qu’il n’y a pas que les rappeurs et les footballeurs qui peuvent sortir de la cité et faire des choses. Que toutes les possibilités s’offrent à eux.

 

Propos recueillis par Agathe Charnet

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s