Derrière chaque règlement de comptes, reconstituer la toile d’un réseau

Il était gérant d’un fast food. Foued B. est mort le 19 janvier 2014, abattu par une rafale de kalachnikov alors qu’il roulait à vitesse réduite avenue de Verdun, non loin du centre-ville d’Aubagne (Bouches-du-Rhône).

Foued Ben Amar a été tué au niveau du numéro 29 de l'Avenue de Verdun (Capture d'écran Google Maps)

Foued B. a été tué avenue de Verdun, à Aubagne (Capture d’écran Google Maps)

Selon le rapport d’autopsie, détaillé par La Provence, six projectiles ont atteint cet homme de 30 ans. Trois ont touché des parties  vitales : la tête, le dos et la nuque. Le jour du crime, le procureur-adjoint de la République de Marseille, Jean-Jacques Fagni, qui s’est rendu sur place, a précisé que le côté conducteur de la BMW que pilotait Foued B. avait été criblé de balles. L’homme est mort sur le coup.

Selon La Provence, aucun témoin direct n’a assisté à la scène qui a eu lieu à 21h30, en plein hiver. Mais Foued B. a été retrouvé le visage presque entièrement couvert d’une capuche, d’un masque de ski et les mains gantées. Sur ses genoux : une kalachnikov. La voiture à bord de laquelle il se trouvait avait été volée quelques jours plus tôt et était équipée d’une fausse plaque d’immatriculation.

Comme le suggèrent ces premiers éléments, notamment les indices laissant penser que la victime s’apprêtait elle-même à passer à l’acte, les règlements de compte révèlent une imbrication étroite entre acteurs d’un même milieu, où les rôles peuvent s’inverser, et où l’implication de chacun est peu claire.

S’il « n’avait pas un profil de braqueur », comme l’a précisé le parquet, Foued B. était toutefois connu par les services de police. Selon les informations recueillies par l’AFP, il avait déjà été interpellé une trentaine de fois pour vols, recel, détention de stupéfiants, violences ou encore contrefaçon de billets de banque. Selon le Parisien, il était originaire d’Aubagne.

Dès le départ, les enquêteurs privilégient la thèse du règlement de compte. Mi-avril, cette piste se précise : un homme de 31 ans, Youssef F. est mis en examen puis placé sous mandat de dépôt dans le cadre de l’enquête sur l’assassinat de Foued B., indique la Marseillaise. Selon un haut responsable de la police judiciaire, que nous avons pu interroger, « c’est le suspect numéro un, pour la police comme pour la justice. » L’avocat du suspect Fabrice Giletta, contacté dans le cadre de cet article, n’a pas souhaité s’exprimer.

La mise en examen de Youssef F. dans le meurtre de Foued B. a été rendue publique lors du procès d’une autre affaire, qui s’est tenu du 14 au 16 avril 2015 au tribunal correctionnel de Marseille. Youssef F., père de deux enfants, était jugé au côté de onze prévenus pour trafic de drogue dans la cité du Charrel – un quartier qui compte 3.500 habitants à la périphérie d’Aubagne. Le 16 avril, Youssef F. a été condamné à six ans de prison ferme pour avoir participé à ce réseau de revente de stupéfiants. Mais selon nos informations, la police n’est pas aujourd’hui en mesure de relier avec certitude Foued B. à cette zone de trafic.

La cité du Charrel à Aubagne est composée de 26 blocs (Capture d'écran Google Maps)

La cité du Charrel à Aubagne est composée de 26 blocs (Capture d’écran Google Maps)

Les éléments ayant permis à la police de relier Foued B. à Youssef F. et de mettre ce dernier en examen sont protégés par le secret de l’instruction. Le contexte dans lequel cette affaire s’est déroulée mérite toutefois d’être mentionné : environ quatre mois avant la mort de Foued B., la police a présenté à la presse le résultat de deux ans d’investigations sur le trafic de ce quartier : 135 kg de résine et d’herbe de cannabis d’une valeur de plus de 1 million d’euros, des sachets de cocaïne et plus de 80.000 euros en liquide avaient été saisis par la police dans le cadre de ces investigations. Une déstabilisation du trafic qui a pu « aiguiser les appétits », comme le soulignait Jean-Jacques Fagni à l’époque du meurtre de Foued B. « Ça exacerbe certainement les luttes de territoires », confiait alors le procureur adjoint à l’AFP.

Si la nature du lien entre Foued B. et Youssef F. reste encore à préciser, deux choses sont d’ores et déjà certaines : la victime possédait une arme et s’apprêtait à s’en servir, le tueur présumé revendait des stupéfiants dans un quartier de la ville connu pour son trafic. Ils évoluaient dans la même sphère : celle du néo-banditisme de cité, selon la terminologie des enquêteurs.

Lucie Aubourg

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