Quand le trafic dépasse les frontières de Marseille

Contrairement aux idées reçues, les quartiers Nord de Marseille ne sont pas les seuls lieux du trafic de drogue. Les réseaux étendent leur toile dans tout le département des Bouches du Rhône.

Souvent pointée du doigt comme le centre névralgique du trafic de drogue, et des règlements de compte qu’il génère, Marseille comptabilisait 10 règlements de compte en 2014. Mais la commune n’est pas la seule scène de ces crimes. Dans les Bouches du Rhône, la police a comptabilisé 19 règlements de compte au total en 2014, preuve que le trafic de drogue s’étend à tout le département.

Géolocalisation des 21 cas étudiés – Infographie Marianne Getti

Des règlements de compte dans tout le département 

Les tirs ne s’arrêtent pas aux frontières de la cité phocéenne. Le 21 avril 2015, Samir A., âgé de 43 ans, a été exécuté au volant de sa voiture, à Aubagne, une commune située à 20 kilomètres à l’est de Marseille. Le mode opératoire du crime a immédiatement lancé la police sur la piste d’un règlement de compte entre trafiquants locaux, selon un haut responsable de la police judiciaire de Marseille. Pris en étau par deux véhicules sur une grande route. L’homme a été abattu de onze balles de 9mm.

En 2014, la Ciotat, commune de 34.000 habitants située à 32 kilomètres au sud-est de la cité Phocéenne, a également connu des règlements de comptes meurtriers. Le 30 juin, Sébastien C., 29 ans, a été visé par une quinzaine de tirs dont un en pleine tête, dans la résidence Saint-Jean. Il est mort vingt minutes plus tard, sous les yeux de sa compagne, face à des pompiers impuissants.

Même scénario, le 3 mars 2015, dans la commune de Port-de-Bouc à 44 kilomètres au nord-ouest de Marseille : vers 14H00, Noris G., 25 ans, marié et père d’une petite fille, est abattu en pleine rue par deux motards. Une fois de plus, le trafic de drogue figure parmi les antécédents de la victime même si “le cas est trop récent pour conclure à un règlement de compte”, selon un haut responsable de la police judiciaire de Marseille interrogé par téléphone.

“La criminalité de Marseille se répercute sur les villes limitrophes”

Comment ces communes provençales, dont le cadre de vie aiguise l’appétit des touristes, sont-elles devenues le théâtre d’événements aussi violents ?

Interrogé par téléphone, Jacques Dallest, procureur de Marseille de 2008 à 2013 et auteur de Mes homicides, paru en avril dernier, explique : “Les acheteurs de drogue se rendent dans les cités marseillaises, qui sont sécurisées : ils peuvent y acheter jusqu’à un kilo de drogue. Ensuite, ils inondent le marché, en revendant dans leurs villes, qui sont souvent les petites agglomérations de la région. Les dealers se fournissent généralement dans les grandes villes, pour ne pas faire bouger leurs clients”.

Patricia Fernandez Pédinielli, maire de Port-de-Bouc, abonde dans ce sens : “la criminalité de Marseille se répercute sur les villes limitrophes, comme [la notre]”. Certaines de ces villes ont été placées en Zones de Sécurité Prioritaire (ZSP) : à Bouc-Bel-Air et Gardanne, depuis 2012, les moyens de la police et de la gendarmerie ont été accrus pour lutter contre la délinquance et améliorer les conditions de vie des habitants. A Port-de-Bouc pourtant, seuls les quartiers des Aigues Douces et des Comtes ont été placés en catégorie “quartiers sensibles” : ils bénéficient à ce titre d’un programme de renouvellement urbain. Mais pour l’édile, cela ne suffit pas.  Après le meurtre en pleine rue de Noris G., elle a expédié un courrier au Premier ministre, afin de faire placer Port de Bouc en ZSP. Comme elle l’affirme dans La Provence, “Je suis persuadée qu’avec plus d’effectifs de police (…) ce drame aurait pu être évité”.

Noris G., une victime du trafic à Port-de-Bouc ?

Si pour la maire, ce sont les réseaux de criminalités marseillais qui s’étendent jusqu’aux villes avoisinantes, des habitants du quartier estiment en revanche que des réseaux spécifiques se sont développés dans la communes. Au centre social Fabien Menot, une employée s’exprimant par téléphone sous couvert de l’anonymat, est formelle : “la rue Nationale est un lieu identifié depuis des années. On sait bien que l’immeuble devant lequel Noris a été fusillé est un repère de trafic. Il y a souvent des guetteurs qui viennent y acheter de la drogue”. Pour une membre de la famille du défunt, contacté par téléphone, le garçon aurait été victime d’un “match retour” : “le matin même, deux bandes rivales s’affrontaient dans la ville. Il a pris part à la bagarre. Je pense qu’il a été puni par des membres de la bande ennemie, l’après midi”.

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Rue Nationale où Noris G. a été retrouvé mort, à Port-de-Bouc. Crédits photo : Streetview Google map

Brahim R., l’oncle de Noris contacté par téléphone, nie quant à lui l’implication de son neveu dans un quelconque trafic. Il raconte, irrité : « Noris était là au mauvais endroit, au mauvais moment. Il était juste venu là pour acheter de l’herbe, et les assassins ont du le prendre pour le chef du réseau. Il a été tué pour rien”.

Que la mort de Noris G. soit ou non liée au trafic de drogue, Port-de-Bouc figure parmi les communes des Bouches du Rhône déjà citée comme une étape sur la route du trafic de drogue dans le sud-est. Preuve que Marseille n’a pas le monopole des activités illicites dans la région.

 Justine Jankowski

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